Napoléon Bonaparte "Vivant, Napoléon a marqué le monde; mort, il le conquiert." René de Chateaubriand (Mémoires d'outre-tombe) «La France était pour les nations un magnifique spectacle.
Ses origines. Né le 15 août 1769 à Ajaccio, un an après l'achat de la Corse par Louis XV à la république de Gênes, Louis Napoléon Bonaparte est le deuxième fils de Carlo Maria Buonaparte et de Maria Letizia Ramonilo. Issu d'une famille de treize enfants (huit atteignent l'âge adulte), il appartient à la petite noblesse corse d'origine génoise : son père, avocat, a lutté pour l'indépendance de la Corse contre les troupes royales au côté de Pasquale Paoli. Enfant turbulent, querelleur et orgueilleux, « corse de caractère et de nation », il est élevé dans le ressentiment vis-à-vis de la France. Ses études.
Patriote corse et jeune officier français. Bonaparte s'enthousiasme pour la Révolution, d'autant que le
mouvement révolutionnaire peut servir ses ambitions : l'abolition
des privilèges, la nuit du 4 août 1789, annule le décret
cantonnant les petits nobles au rang de cadre inférieur de l'armée,
lui ouvrant ainsi toutes grandes les portes de la carrière militaire.
Mais dans un premier temps, ses ambitions se concentrent seulement sur
son île natale. Pour échapper à l'ennui des nominations
de garnison en garnison (Lyon 1786, Douai 1787, Auxonne 1788, Valence 1791),
il séjourne souvent en Corse et s'engage dans les luttes politiques
de l'île. Il commande d'abord un bataillon de volontaires et se bat
contre les troupes du roi.
Le glorieux général.
En récompense, il est nommé général de division et commandant de l'armée de l'Intérieur. A cette même époque, il rencontre Joséphine de Beauharnais, une créole veuve d'un général guillotiné et mère de deux enfants, qu'il épouse le 8 mars 1796. La campagne d'Italie. Promu le 2 mars 1796 commandant en chef de l'armée d'Italie, il est chargé de mener une guerre de diversion et de pillage dans le Piémont et en Lombardie, alors que l'offensive principale doit passer par l'Allemagne pour menacer Vienne. Il mène une campagne foudroyante contre les troupes austro-piémontaises. Grâce à son génie militaire, il remporte victoire sur victoire entre 1796 et 1797 (Millesimo, Mondovi, Arcole et Rivoli). En prenant Venise, il s'ouvre les portes de Vienne et contraint l'Autriche et ses alliés à conclure la paix (traité de Campoformio, 17 octobre 1797), par laquelle il fonde les républiques sœurs dans le Nord de l'Italie. Avec son butin de guerre, il renforce son aura auprès du gouvernement français et sert sa propre propagande en publiant bulletins et journaux glorifiant ses exploits. La campagne d'Egypte. Les membres du Directoire, inquiets de la renommée croissante du jeune général et des menées anglaises, cherchent à éloigner Bonaparte de Paris tout en utilisant ses talents militaires pour couper la route des Indes britanniques. Ils le nomment alors à la tête de l'expédition d'Egypte (mai 1798). Sur les traces de son rêve oriental, bercé par le souvenir d'Alexandre le Grand, Bonaparte s'assure le contrôle du pays à la bataille des Pyramides (21 juillet 1798). Libérateur du joug mamelouk, il s'applique à apparaître comme un administrateur consciencieux, s'associant aux notables locaux, désireux de redonner à l'Égypte l'image de son histoire, celle que redécouvre l'expédition scientifique qu'il entraîne avec lui. Mais le général anglais Nelson, en détruisant la flotte française à la bataille d'Aboukir (août 1798), contraint Bonaparte à faire route vers la Syrie. Une épidémie de peste l'arrête devant Saint-Jean d'Acre et, apprenant les revers du Directoire en Italie et la confusion qui règne en France, Bonaparte débarque à Fréjus le 8 octobre 1799 et regagne Paris. Le 18 Brumaire et la Constitution de l'an VIII.
La poursuite de la paix. Face à la désorganisation générale à laquelle il est confronté, Napoléon exige union, discipline et obéissance. En France, il contraint les chouans à déposer les armes (janvier et février 1800). Pour ôter aux royalistes leur soutien religieux, il conclut avec le pape Pie VII le Concordat de 1801, s'arrogeant un droit de veto sur les nominations ecclésiastiques. Au rétablissement de l'Eglise et du culte catholique succède l'amnistie des émigrés, le 26 avril 1802. Ces évènements favorisent le retour des émigrés et imposent la politique de réconciliation nationale.
Les premières transformations. Il rassure la bourgeoisie en réaffirmant la liberté d'entreprise et en renonçant au concept aristocratique de la propriété. En créant la Banque de France, en assurant une monnaie Afin d'organiser la paix napoléonienne, Bonaparte met en place de nombreuses réformes. stable (le franc germinal) et grâce aux butins de ses conquêtes, il réorganise les finances de l'État. Au niveau économique, pour redonner confiance aux entrepreneurs, il interdit les grèves et, pour l'ouvrier, réintroduit l'obligation du livret de travail, le soumettant à la surveillance. En créant l'ordre de la Légion d'honneur (18 mai 1802), il cherche à fonder une nouvelle élite fondée non plus sur les privilèges, mais sur le mérite civil et militaire. De même, en 1802, il développe l'enseignement public avec la création des lycées, dispensant une instruction à la fois scientifique et classique ; ainsi favorise-t-il cette bourgeoisie dont il cherche à obtenir le soutien. Cependant, il prolonge la confiscation des libertés politiques, rétablit la censure à l'encontre de la presse et réduit l'opposition en développant une surveillance policière efficace et continue. Il réorganise la sécurité intérieure du pays, en confiant la Sûreté à Fouché. En échange des libertés confisquées, il entreprend une réorganisation de l'ensemble de l'appareil administratif et juridique. En créant, dans le cadre du département, la fonction de préfet, relais direct de son autorité chapeautant les collectivités locales existantes, il contribue à perpétuer la centralisation administrative commencée sous l'Ancien Régime et prolongée par la Révolution. Dans le domaine administratif, il promulgue le Code civil (appelé également Code Napoléon) le 21 mars 1804. Cette unification de la législation lui permet d'assurer la libre entreprise, de garantir l'inviolabilité de la propriété privée et de réaliser, une fois encore, un audacieux compromis qu'il n'a de cesse de prolonger (par le Code des procédures civiles en 1806, du commerce en 1807, d'instruction criminelle en 1808 et le Code pénal en 1810), modifiant durablement et profondément les structures juridiques de la France. L'Empereur Napoléon Ier. Face aux complots qui se multiplient à l'égard de Bonaparte (il échappe à une machine infernale rue Saint-Nicaise le 24 décembre 1800, puis à une tentative d'enlèvement fomentée par le même chouan, Cadoudal, soutenu par les Anglais et certainement le duc d'Enghien, l'un des chefs de l'armée des émigrés) et afin de rallier les hésitants et de gagner les opposants, Fouché pousse le Sénat à inviter le Premier consul à « achever son ouvrage en le rendant immortel comme la gloire ».
Les guerres napoléoniennes. En avril 1803, l'Angleterre rompt la fragile paix d'Amiens. Deux ans plus tard, l'Autriche, la Russie, la Suède et Naples la rejoignent dans la troisième coalition. Napoléon arme alors une flotte à Boulogne, avec l'idée d'envahir l'Angleterre. Mais la cinglante défaite navale que lui inflige Nelson à Trafalgar, le 21 octobre 1805, le conduit à oublier l'épine anglaise et à retourner ses troupes contre les Autrichiens et les forces austro-russes. Les premiers sont défaits à Ulm le 20 octobre 1805, les secondes mises en déroute lors de la bataille d'Austerlitz le 2 décembre. Le traité de Presbourg, signé le 26 décembre 1805, clôt la coalition. L'Autriche cède la Vénétie, le Tyrol, le Trentin, l'Istrie et la Dalmatie. Napoléon offre le royaume de Hollande à son frère Louis, regroupe seize états allemands dans la Confédération du Rhin (12 juillet 1806), enlève le royaume de Naples aux Bourbons et y couronne son frère Joseph. La Prusse forme alors une nouvelle coalition avec l'Angleterre et la Russie. Elle est battue à Iéna et à Auerstedt (14 octobre 1806). En Pologne, Napoléon affronte l'armée russe et la vainc à Friedland (14 juin 1807). En juillet, il signe avec le tsar Alexandre Ier le traité de Tilsit, lequel ébauche une alliance salvatrice avec la Russie, émiette la Prusse et donne à Jérôme Bonaparte le royaume de Westphalie et le grand-duché de Varsovie. En novembre 1806, il instaure le blocus continental dans l'espoir
de conduire l'Angleterre à la faillite commerciale. Pour s'assurer
l'étanchéité du blocus, il s'empare du Portugal en
novembre 1807, annexe l'Étrurie en 1807, occupe les États
du pape et prend Rome en 1808. En Espagne, il fait abdiquer en sa faveur
Charles
IV et place son frère Joseph sur le trône. C'est compter
sans le mécontentement des Espagnols. Madrid se soulève,
et malgré quelques victoires, la guérilla espagnole se prolonge,
entretenue par les Britanniques. Coûteuse en hommes et en mobilisations,
la campagne d'Espagne qui perdure est le premier revers de l'Empire napoléonien.
Cette époque marque l'apogée de l'Empire napoléonien qui s'étend sur 130 départements et 750 000 km², gouvernant 70 millions d'habitants. Le chef dynastique. Napoléon organise une cour impériale digne des fastes de l'Ancien Régime. Il crée une noblesse d'empire pour récompenser ses plus grands généraux, maillons essentiels et fidèles de ses victoires. Il fonde des royaumes en Europe, États satellites adossés à l'Empire, à la tête desquels il place les membres de sa famille, et particulièrement ses frères et sœurs devenus princes et altesses : Joseph, roi de Naples puis d'Espagne ; Maria-Anna, grande-duchesse de Toscane ; Louis, roi de Hollande ; Marie-Paulette, duchesse de Guastalla ; Marie-Annonciade, reine de Naples ; Jérôme, roi de Westphalie. En 1805, il désigne son beau-fils, Eugène de Beauharnais, comme son héritier en le nommant vice-roi de la défunte République italienne, dont il se proclame lui-même roi. En avril 1810, après avoir divorcé de l'impératrice Joséphine qui ne lui a pas donné d'enfant, il épouse la fille de l'empereur d'Autriche, Marie-Louise. En s'alliant ainsi aux Habsbourg, il espère légitimer sa dynastie et particulièrement son fils, François Charles Joseph, le jeune roi de Rome qui naît en 1811. Malgré les dérives de grandeur imitées de l'Empire romain, Napoléon Ier réussit, par cette habile politique, à faire disparaître toute opposition intérieure. La poursuite de l'œuvre réformatrice. Le prolongement de l'œuvre réformatrice commencée sous le Consulat contribue, par sa diffusion dans toute l'Europe, à abolir la féodalité de l'Ancien Régime et à dessiner les prémices d'une unité européenne. Chaque État dépendant de l'Empire reçoit une constitution établissant le suffrage universel, créant un Parlement et intégrant une déclaration des droits sur le modèle révolutionnaire. Le Code Napoléon est introduit partout, et la justice est réformée sur le modèle français. Napoléon propage le système administratif centralisateur et l'enseignement public, ouvrant à tous l'enseignement supérieur. La liberté religieuse est partout instaurée (sauf en Espagne). Dans chaque État sont créés un conservatoire et des académies consacrées à la promotion des arts et des lettres. Pourtant, la présence française, et les bouleversements qu'elle apporte, contribuent à faire éclore les nationalismes et est à l'origine de profonds déchirements. Durant cette période de « croissance dans la guerre », comme l'a défini l'historien Ernest Labrousse, Napoléon initie bien d'autres réformes, comme l'établissement de cadastres au niveau communal. Il apporte son soutien aux innovations techniques, développe une politique de grands travaux et favorise le développement du monde des affaires, grâce à la stabilité du franc germinal et à la confiance que sa gloire inspire. Néanmoins, le besoin de fonds, nécessaires pour asseoir sans cesse la stabilité de son Empire, le pousse à continuer la guerre. La chute de l'Aigle - L'abdication.
Les Alliés lui concèdent alors, comme seul royaume, l'île d'Elbe en Méditerranée, où il s'exile avec quelques fidèles. Marie-Louise et son fils, l'Aiglon, sont confiés à la garde de l'empereur d'Autriche. Les Cent-Jours. Alors qu'en France une opposition bonapartiste s'organise contre le fragile régime du roi Louis XVIII, Napoléon s'échappe de l'île d'Elbe et débarque à Golfe-Juan. Il marche alors sur Paris, remontant d'un vol d'aigle la route qui prend bientôt son nom, gagnant à sa cause les troupes envoyées pour le capturer, soutenu par le peuple fidèle et rejoint par les combattants qui ont servi au cours de ses campagnes. Quand il arrive aux Tuileries, Louis XVIII a déjà fui. Contenant l'élan révolutionnaire, Napoléon promulgue une nouvelle constitution, proche de la Charte de Louis XVIII. Pour éviter que les armées coalisées ne se rejoignent en Belgique, l'Empereur prend l'initiative de l'attaque et bat les Prussiens à Ligny le 16 juin.
![]() L'exil et la mort. Ayant perdu tout appui politique et n'ayant pas réussi à
retrouver l'alliance déterminante des notables, dont il a pourtant
assis la situation, Napoléon se réfugie à Rochefort.
Il embarque sur le navire britannique Bellerophon et est exilé
à Sainte-Hélène, île rocheuse désolée
et battue par les vents au sud de l'océan Atlantique. Il y passe
les six dernières années de sa captivité avec quelques
fidèles, tel Emmanuel de Las Cases auquel il dicte le Mémorial
de Sainte-Hélène. Durant son exil, il construit sa légende,
devient le martyr de la Sainte-Alliance des « rois oppresseurs
des peuples ». L'Empereur doit subir les brimades du gouverneur de
l'île, Hudson Lowe, effrayé à l'idée d'une possible
évasion.
L'héritage politique de Napoléon est retors. S'il est
plutôt revendiqué par les partis de droite, il féconde
toutes les tendances politiques, car il repose surtout sur le legs d'une
conception de l'Etat centralisé et des institutions pérénisées
deux siècles après son règne. Le premier Empire a
été, en définitive, le régime transitoire à
travers lequel la Révolution s'est enracinée en France.
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