|
Victor Hugo est né à Besançon le 26 février
1802. Fils d'un général de Napoléon, il suivit d'abord
son père dans le hasard des expéditions et des campagnes,
en Italie, en Espagne, où il fut page du roi Joseph et élève
au séminaire des nobles de Madrid.
Vers l'âge de onze ans, il vint s'établir avec sa mère,
séparée à cette époque du général,
à Paris, dans le quartier, presque désert alors, du Val-de-Grâce.
C'est là qu'il grandit dans une liberté d'esprit et de lectures
absolue, sous les yeux d'une mère extrêmement indulgente et
assez insoucieuse à l'endroit de l'éducation. Il s'éleva
tout seul, lut beaucoup, au hasard.
Il fonde avec ses frères en 1819 une revue, le Conservateur
littéraire, qui attire déjà l'attention sur son talent.
La même année, il remporte le concours de l'Académie
des Jeux Floraux.
Son premier recueil de poèmes, Odes, paraît en 1821 :
il a alors vingt ans et ses études au lycée Louis-le-Grand
lui permirent de le faire connaître rapidement. Il participe aux
réunions du Cénacle de Charles Nodier à la Bibliothèque
de l'Arsenal, berceau du Romantisme, qui auront une grande influence sur
son développement. C'est avec Cromwell, publié en 1827, qu'il
fera éclat. Dans la préface de ce drame, il s'oppose aux
conventions classiques, en particulier à l' unité de temps
et à l'unité de lieu, qu'il met véritablement en pratique
dans la pièce Hernani.
De 1826 à 1837, il séjourne fréquemment au Château
des Roches à Bièvres, propriété de Bertin l'Aîné,
directeur du Journal des débats. Au cours de ses séjours
il y rencontre Berlioz, Chateaubriand, Liszt, Giacomo Meyerbeer et rédige
des recueils de poésie dont le célèbres ouvrage des
Feuilles d'automne.
Il a, jusqu'à un âge avancé, de nombreuses maîtresses.
La plus célèbre est Juliette Drouet, actrice, qui lui consacre
sa vie, le sauva de l'emprisonnement lors du coup d'état de Napoléon
III. Il écrit pour elle de nombreux poèmes. Tous deux passaient
ensemble l'anniversaire de leur rencontre, et remplissaient à cette
occasion, année après année, un cahier commun qu'ils
nommaient le Livre de l'anniversaire.
Élevé par sa mère vendéenne dans l'esprit
du royalisme, il se laisse peu à peu convaincre de l'intérêt
de la démocratie (« J'ai grandi », écrit-il dans
un poème où il s'en justifie).
Son idée est que « là où la connaissance
n'est que chez un homme, la monarchie s'impose. Là où elle
est dans un groupe d'hommes, elle doit faire place à l'aristocratie.
Et quand tous ont accès aux lumières du savoir, alors le
temps est venu de la démocratie ».
Devenu partisan d'une démocratie libérale et humanitaire,
il est élu député de la Deuxième République
en 1848, et soutient la candidature du « prince Louis-Napoléon
», mais s'exile après le coup d'Etat du 2 décembre
1851 qu'il condamne vigoureusement pour des raisons morales (Histoire d'un
crime).
Sous le Second Empire, opposé à Napoléon III,
il vit en exil à Bruxelles, puis à Jersey et enfin à
Guernesey. Il est l'un des seuls proscrits à refuser l'amnistie
décidée quelque temps après (« Et s'il n'en
reste qu'un, je serai celui-là »).
Il mourut le 22 mai 1885, « dans la saison des roses »,
comme il l'avait prédit quinze années auparavant, à
l'âge de 83 ans, comme Goethe.
Conformément à ses dernières volontés,
c'est dans le « corbillard des pauvres » qu'il est enterré
au Panthéon après les funérailles les plus magnifiques
que la France ait vues depuis Mirabeau. Son cercueil étant
au préalable resté plusieurs jours sous l'Arc de Triomphe,
on considère que trois millions de personnes se sont déplacées
alors pour lui rendre un dernier hommage.
Il a laissé une grande quantité d'œuvres inédites
qui paraîtront successivement. En 1886 on en a donné deux,
le Théâtre en Liberté, et la Fin de Satan, qui n'ont
rien ôté à sa gloire.
********

|