Les Pensées (Philosophie)
Blaise Pascal (1623-1662) |
Dans Les Pensées, ouvre posthume publiée en 1670,
Blaise Pascal réunit des notes qu'il destinait à l'élaboration
d'une apologie de la religion chrétienne.
Le manuscrit révèle les méthodes de travail de
Pascal. Il écrit sur de grandes feuilles de papier des réflexions,
des esquisses, des plans, parfois des rédactions développées,
qu'il classe en découpant les grandes feuilles, dont il répartit
les morceaux dans des dossiers thématiques. On sait que Pascal perçait
d'un trou les papiers destinés à entrer dans son Apologie,
pour les réunir par une ficelle en liasses portant chacune un titre.
Extraits
Il est juste que ce qui est juste soit suivi ; il est nécessaire
que ce qui est le plus fort soit suivi.La justice sans la force est impuissante
; la force sans la justice est tyrannique.La justice sans force est contredite,
parce qu'il y a toujours des méchants. La force sans la justice
est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force,
et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort
soit juste.
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est
un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser;
une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers
l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue
puisqu'il sait qu'il meurt et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers
n'en sait rien.Toute notre dignité consiste donc en la pensée.
C'est de là qu'il faut nous relever et non de l'espace et de la
durée, que nous ne saurions remplir.Travaillons donc à bien
penser : voilà le principe de la morale.
La seule chose qui nous console de nos misères est le divertissement,
et cependant c'est la plus grande de nos misères. Car c'est cela
qui nous empêche principalement de songer à nous, et qui nous
fait perdre insensiblement. Sans cela, nous serions dans l'ennui, et cet
ennui nous pousserait à chercher un moyen plus solide d'en sortir
; Mais le divertissement nous amuse, et nous fait arriver insensiblement
à la mort.
Commentaire du passage à propos de l'Homme esclave
du divertissement
Introduction
Les Pensées rédigées par Pascal entre 1656 et
1662 se présentent sous la forme d'un recueil de notes destinées
à une apologie de la religion chrétienne qu'il n'eut pas
le temps de mener à bien.
Après avoir démontré que la position de l'homme
dans l'Univers ne peut que le conduire à l'angoisse et au désespoir,
Pascal s'en prend à l'aveuglement humain qui cherche dans le divertissement
un moyen d'échapper à cette situation tragique au lieu d'en
tirer les conséquences et d'envisager son salut. Comme toujours
chez Pascal l'organisation logique s'appuie sur des procédés
rhétoriques dans le but non seulement de convaincre mais de persuader
son interlocuteur. On observe ainsi trois étapes dans cette démonstration
du rôle fondamental du divertissement dans l'existence humaine. Tout
d'abord dans les lignes 1 à 5, l'énoncé de la thèse
selon laquelle l'homme n'est pas libre mais asservi au divertissement puis
un premier exemple qui l'illustre « Avec le divertissement il n'y
a point de tristesse » suivi d'un deuxième exemple plus inattendu
axé autour du thème « Sans le divertissement, point
de joie ».
I Examen de l'énoncé de la thèse qui met en
évidence la vanité humaine et les effets surprenants du divertissement.
Les deux caractéristiques de la condition humaine : le malheur
lié à l'ennui et la vanité, c'est-à-dire le
vide et l'inconsistance vont être développés pour montrer
à quel point l'homme s'ennuierait sans cause d'ennui. Le paradoxe
en ce qui concerne la vanité est appuyé sur l'antithèse
qui fait l'état d'une part de « nulles causes essentielles
d'ennui » et d'autre part de la distraction futile qu'il trouve pour
y porter remède (« la moindre chose »). Le thème
du jeu est intentionnellement présenté par une synecdoque
(il parle de la balle pour parler du jeu) renforcée par l'allitération
(« billard, balle ») et par l'emploi du verbe « pousser
» qui dévalorise cette activité.
L'homme est d'emblée présenté comme une créature
irrationnelle qui tourne à tout vent. Pascal va s'employer à
en apporter des preuves en développant deux exemples pour soutenir
sa thèse.
II L'homme accablé sur le plan familial et financier
· a) Étude de cas
Pascal va utiliser un système questions-réponses, caractéristique
du style oratoire. Dans la question il nous présente le cas extrême
de l'homme qui a perdu son fils unique depuis deux mois, qui est accablé
de procès et qui semble cependant ne plus y penser. Pascal amène
la réponse en entretenant le suspense : « ne vais en étonner
point ». Avant d'apporter une solution à peine convenable,
il est tout occupé par une partie de chasse. Le commentaire de Pascal
est bref et ironique : « il n'en faut pas davantage ».
· b) L'auteur reprend le paradoxe de la première partie
qui semble pleinement démontré : « l'homme quelque
plein de tristesse qu'il soit ».
Cette reprise s'accompagne d'une ironie qui se traduit par l'évolution
vers un style oral et plus familier (« le voilà heureux pendant
ce temps-là ». L'auteur annonce alors le thème de la
seconde partie (« Et l'homme, quelqu'heureux qu'il soit, s'il n'est
diverti... ») avant de passer à un cas probant, Pascal reprend
sous la forme d'une antithèse marquante le thème de la vanité
humaine qui ne trouve son bonheur que dans le divertissement. Pascal a
à nouveau recours à un exemple : celui des « grands
» (les ministres, ceux qui occupent des charges importantes).
· c) Comment Pascal considère-t-il les grands personnages
du royaume ?
Selon Pascal, les personnes importantes de l'État (les ministres)
sont heureux, non parce qu'ils remplissent une tâche utile, mais
ils sont heureux car ils sont dans une situation privilégiée
du divertissement étant donné le grand nombre de personnes
qui les entourent et qui se consacrent à les divertir.
· d) Pascal pour développer sont point de vue a de nouveau
recours au dialogue fictif.
Ceci sous la forme d'une phrase injonctive « prenez-y garde »
qui entretient le suspense comme dans le premier exemple, suivi d'une interrogation
oratoire, ironique, qui démasque l'hypocrisie sociale en exprimant
le point de vue janséniste de Pascal sur la politique, qui n'est
une forme de divertissement. Pour Pascal, en effet, les activités
politiques et sociales n'ont pas plus d'importance que le jeu de paume
ou de billard. La société n'est pas susceptible d'améliorations,
seule la vanité humaine peut s'en persuader car pour le chrétien
pessimiste qu'est Pascal, « Le royaume n'est pas de ce monde »
(Évangile de Jean qui rapporte une parole du Christ).
· e) L'hypocrisie de Pascal se vérifie pleinement grâce
à un changement de contexte.
Au sein de l'abondance et de la sérénité, notions
sur lesquelles pascal insiste malignement, « les grands » éprouvent
un malheur intense car ils sont livrés à eux-mêmes
et au sentiment de leur néant « ils ne cessent pas d'être
misérables et abandonnés ») car ils sont privés
de divertissement.
Conclusion
Pascal s'efforce de convaincre son interlocuteur par la rigueur d'une
analyse qui envisage méthodiquement les différents cas de
figure en s'appuyant sur une observation complète. Mais emporté
par sa conviction, il ne se fait pas de scrupules de le séduire
en proposant comme évidents des exemples discutables et en l'attirant
dans ses vues par un discours fictif. Le destinataire se fait alors complice
de l'ironie développée par l'auteur à l'égard
des hommes esclaves du divertissement, ce qui devrait logiquement l'amener
à y renoncer.
Réf.: http://www.manucorp.com/encyclopedie/Blaise_Pascal
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