A
la recherche du temps perdu
Marcel
Proust (1871/1922)
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A la recherche du temps perdu
Roman de Marcel Proust en 7 volumes.
La première partie du roman, Du côté de chez
Swann, fut publiée en novembre 1913.
Vinrent ensuite : À l'ombre des jeunes filles en fleurs,
Le côté de Guermantes I, Le côté de Guermantes
II, Sodome et Gomorrhe I, Sodome et Gomorrhe II ,Albertine disparue
et Le Temps retrouvé.
L'oeuvre de Proust fut de son vivant l'objet de vives controverses
entre ceux qui la devinait |
géniale et ceux qui la proclamait illisible.
Aujourd'hui elle est reconnue comme une oeuvre majeure de la littérature
de langue française.
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Du
côté de chez Swann.
(1913)
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PREMIÈRE PARTIE.
COMBRAY
Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à
peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais
pas le temps de me dire: " Je m'endors. ". Et, une demi-heure après,
la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait;
je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et
souffler ma lumière; je n'avais |
pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je
venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu
particulier; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait
l'ouvrage: une église, un quatuor, la rivalité de François
Ier et de Charles Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes
à mon réveil; elle ne choquait pas ma raison mais pesait
comme des écailles sur mes yeux et les empêchait de se rendre
compte que le bougeoir n'était plus allumé. Puis elle commençait
à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose
les pensées d'une existence antérieure; le sujet du livre
se détachait de moi, j'étais libre de m'y appliquer ou non;
aussitôt je recouvrais la vue et j'étais bien étonné
de trouver autour de moi une obscurité, douce et reposante pour
mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui
elle apparaissait comme une chose sans cause, incompréhensible,
comme une chose vraiment obscure. Je me demandais quelle heure il pouvait
être; j'entendais le sifflement des trains qui, plus ou moins éloigné,
comme le chant d'un oiseau dans une forêt, relevant les distances,
me décrivait l'étendue de la campagne déserte où
le voyageur se hâte vers la station prochaine; et le petit chemin
qu'il suit va être gravé dans son souvenir par l'excitation
qu'il doit à des lieux nouveaux, à des actes inaccoutumés,
à la causerie récente et aux adieux sous la lampe étrangère
qui le suivent encore dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine
du retour.
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Ainsi débute le premier volume "Du côté de chez
Swann"
Pour l'intégralité, voir le lien : http://aelinik.free.fr/dcdcs.htm
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A l'ombre
des jeunes filles en fleur.
(1919)
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PREMIERE
PARTIE.
Autour de
Mme SWANN
Ma mère, quand il fut question d'avoir
pour la première fois M. De Norpois à dîner, ayant
exprimé le regret que le professeur Cottard fût en voyage
et qu'elle-même eût entièrement cessé de fréquenter
Swann, car l'un et l'autre eussent sans doute intéressé l'ancien
ambassadeur, mon père répondit qu'un convive éminent,
un savant illustre, comme Cottard, |
ne pouvait jamais mal faire dans un dîner,
mais que Swann, avec son ostentation, avec sa manière de crier sur
les toits ses moindres relations, était un vulgaire esbroufeur que
le marquis de Norpois eût sans doute trouvé, selon son expression,
"puant". Or cette réponse de mon père demande quelques mots
d'explication, certaines personnes se souvenant peut-être d'un Cottard
bien médiocre et d'un Swann poussant jusqu'à la plus extrême
délicatesse, en matière mondaine, la modestie et la discrétion.
Mais pour ce qui regarde celui-ci, il était arrivé qu'au
"fils Swann" et aussi au Swann du jockey, l'ancien ami de mes parents avait
ajouté une personnalité nouvelle (et qui ne devait pas être
la dernière), celle de mari d'Odette. Adaptant aux humbles ambitions
de cette femme l'instinct, le désir, l'industrie, qu'il avait toujours
eus, il s'était ingénié à se bâtir, fort
au-dessous de l'ancienne, une position nouvelle et appropriée à
la compagne qui l'occuperait avec lui. Or il s'y montrait un autre homme.
Puisque (tout en continuant à fréquenter seul ses amis personnels,
à qui il ne voulait pas imposer Odette quand ils ne lui demandaient
pas spontanément à la connaître) c'était une
seconde vie qu'il commençait, en commun avec sa femme, au milieu
d'êtres nouveaux, on eût encore compris que pour mesurer le
rang de ceux-ci, et par conséquent le plaisir d'amour-propre qu'il
pouvait éprouver à les recevoir, il se fût servi comme
point de comparaison non pas des gens les plus brillants qui formaient
sa société avant son mariage, mais des relations antérieures
d'Odette.Mais, même quand on savait que c'était avec d'inélégants
fonctionnaires, avec des femmes tarées, parure des bals de ministères,
qu'il désirait de se lier, on était étonné
de l'entendre, lui qui autrefois et même encore aujourd'hui dissimulait
si gracieusement une invitation de Twickenham ou de Buckingham palace,
faire sonner bien haut que la femme d'un sous-chef de cabinet était
venue rendre sa visite à Mme Swann.
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Ainsi débute le Tome II "A l'ombre des jeunes filles en fleurs".
Pour l'intégralité, voir le lien :
http://www.uni-weimar.de/sz/franzoesisch/ressources/byblos/p/proust/ffleurs.htm
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Du
côté de Guermantes. I
(1920)
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Le pépiement matinal
des oiseaux semblait insipide à Françoise. Chaque parole
des "bonnes" la faisait sursauter ; incommodée par tous leurs pas,
elle s'interrogeait sur eux ; c'est que nous avions déménagé.
Certes, les domestiques ne remuaient pas moins dans le "sixième"
de notre ancienne demeure ; mais elle les connaissait ; elle avait fait
de leurs allées et venues des choses amicales. Maintenant elle portait
au silence même une attention douloureuse. Et comme notre nouveau
quartier paraissait aussi calme que le boulevard sur lequel nous avions
donné jusque-là était bruyant, la chanson (distincte
même de loin, quand elle est faible comme un motif d'orchestre) d'un
homme qui passait, faisait venir des larmes aux yeux de |
Françoise en exil. Aussi, si je m'étais
moqué d'elle qui, navrée d'avoir eu à quitter un immeuble
où l'on était "si bien estimé de partout", avait fait
ses malles en pleurant, selon les rites de Combray, et en déclarant
supérieure à toutes les maisons possibles celle qui avait
été la nôtre, en revanche, moi qui assimilais aussi
difficilement les nouvelles choses que j'abandonnais aisément les
anciennes, je me rapprochai de notre vieille servante quand je vis que
l'installation dans une maison où elle n'avait pas reçu du
concierge qui ne nous connaissait pas encore les marques de considération
nécessaires à sa bonne nutrition morale, l'avait plongée
dans un état voisin du dépérissement. Elle seule pouvait
me comprendre ; ce n'était certes pas son jeune valet de pied qui
l'eût fait ; pour lui qui était aussi peu de Combray que possible,
emménager, habiter un autre quartier, c'était comme prendre
des vacances où la nouveauté des choses donnait le même
repos que si l'on eût voyagé ; il se croyait à la campagne
; et un rhume de cerveau lui apporta, comme un "coup d'air" pris dans un
wagon où la glace ferme mal, l'impression délicieuse qu'il
avait vu du pays ; à chaque éternuement, il se réjouissait
d'avoir trouvé une si chic place, ayant toujours désiré
des maîtres qui voyageraient beaucoup.
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Ainsi débute le Tome III "Du côté de Guermantes
- I".
Pour l'intégralité, voir le lien : http://www.le-chateau.ilias.com/textes/guerman1.txt
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Du
côté de Guermantes. II
(1921)
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Rachel se rapprocha de
nous, laissant les deux femmes monter dans leur compartiment; mais, non
moins que la fausse loutre de celles-ci et l'air guindé des calicots,
les noms de Lucienne et de Germaine maintinrent un instant la Rachel nouvelle.
Un instant il imagina une vie de la place Pigalle, avec des amis inconnus,
des bonnes fortunes sordides, des après-midi de plaisirs naïfs
dans ce Paris où l'ensoleillement des rues depuis le boulevard de
Clichy ne lui sembla pas le même que la clarté solaire où
il se promenait avec sa maîtresse, car l'amour, et la souffrance
qui fait un avec lui, ont, comme l'ivresse, le pouvoir de différencier
pour nous les choses. |
Ce fut presque comme un autre Paris au milieu de
Paris même, qu'il soupçonna; sa liaison lui apparut comme
l'exploration d'une vie étrange, car si avec lui Rachel était
un peu semblable à lui-même, pourtant c'était bien
une partie de sa vie réelle que Rachel vivait avec lui, même
la partie la plus précieuse à cause des sommes folles qu'il
lui donnait, la partie qui la faisait tellement envier des amies et lui
permettrait un jour de se retirer à la campagne ou de se lancer
dans les grands théâtres, après avoir fait sa pelote.
Robert aurait voulu demander à son amie qui étaient Lucienne
et Germaine, les choses qu'elles lui eussent dites si elle était
montée dans leur compartiment, à quoi elles eussent ensemble,
elle et ses camarades, passé une journée qui eût peut-être
fini comme divertissement suprême, après les plaisirs du skating,
à la taverne de L'Olympia, si lui, Robert, et moi n'avions pas été
présents. Un instant les abords de L'Olympia, qui jusque-là
lui avaient paru assommants, excitèrent sa curiosité, sa
souffrance, et le soleil de ce jour printanier donnant dans la rue Caumartin
où, peut-être, si elle n'avait pas connu Robert, Rachel fût
allée tantôt et eût gagné un louis, lui donna
une vague nostalgie. Mais à quoi bon poser à Rachel des questions,
quand il savait d'avance que la réponse serait ou un simple silence
ou un mensonge ou quelque chose de très pénible pour lui
et qui ne décrirait rien ? Le dédoublement de Rachel avait
trop duré. Les employés fermaient les portières, nous
montâmes vite dans une voiture de première, les perles admirables
de Rachel rapprirent à Robert qu'elle était une femme d'un
grand prix, il la caressa, la fit rentrer dans son propre cœur où
il la contempla, intériorisée, comme il avait toujours fait
jusqu'ici - sauf pendant ce bref instant où il l'avait vue sur une
place Pigalle de peintre impressionniste - et le train partit.
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Ainsi débute le Tome IV "Du côté de Guermantes -
II et Sodome et Gomorrhe - I".
Pour l'intégralité, voir le lien : http://www.bookenstock.com/afficher_livre.php?id=138

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